Certaines entreprises commencent par un plan. Celle d’Aiden Fillator a commencé par un coup de fil, celui d’un pasteur qui voulait faire tondre sa pelouse.
Aiden était alors en secondaire 1 et vivait à Vallée Est, une petite communauté tissée serrée tout près de Sudbury, en Ontario, où la plupart des gens connaissent leurs voisins et où le mot se passe rapidement. Aiden avait tout le nécessaire : le tracteur de pelouse de sa famille, un père prêt à le conduire et suffisamment d’ardeur au travail pour faire bonne impression. Sa première tonte l’a mené vers une deuxième, et dans le temps de le dire, il recevait des recommandations et s’était même choisi un nom d’entreprise, Picture Perfect. Un nom qu’il imprima sur des cartes professionnelles qu’il se mit à distribuer. Pendant ce temps, la plupart des enfants de son âge n’avaient pas encore occupé un emploi d’été.
« J’ai toujours voulu gagner un peu d’argent et commencer à épargner », partage Aiden.

Pendant les premières années, Aiden gardait son opération d’entretien de la pelouse plutôt simple. Il comptait sur le bouche-à-oreille, un tracteur emprunté et un père disposé à charger la remorque et à conduire son fils chaque fois que ce dernier décrochait un contrat. Comme Aiden ne pouvait pas légalement conduire, encore moins transporter la remorque, son père est devenu une figure incontournable dans les débuts de Picture Perfect. Il lui enseigne les notions de base d’entretien de l’équipement, comme les points de graissage et la vérification du niveau des fluides, en plus d’insister sur l’importance de respecter une machine qu’on utilise dans toutes les conditions.
« Je savais que je ne voulais pas travailler dans un restaurant ou une épicerie comme certains de mes amis », explique Aiden. « J’ai donc simplement continué de développer ce que je faisais déjà. »
Les clients commencent alors à se succéder. Son pasteur l’envoie chez un voisin. À son tour, le voisin le réfère à quelqu’un d’autre. Vallée Est, c’est le genre d’endroit où une bonne réputation vaut mille fois mieux que toute publicité. Peu à peu, Aiden gagne sa réputation.

Presque par hasard, Aiden ajoute le déneigement à son offre de services pendant qu’il est en secondaire 3. Il avait alors commencé à tailler la haie pour une connaissance de son père. À l’approche de l’hiver, ce dernier lui demande s’il connaît quelqu’un pour s’occuper de la neige. Ne voulant surtout pas laisser filer une occasion, Aiden lui répond : « je vais me débrouiller. »
Au final, il se présente chez ses deux premiers clients une pelle à la main. Son père va le chercher à l’école pendant la pause du midi et le conduit aux différentes propriétés. Aiden a le temps de déneiger les allées et de retourner à l’école avant la reprise des cours.
« J’avais toujours très froid au visage », confie-t-il. « Mais je ne voulais surtout pas dire non. »
Lorsqu’Aiden est rendu en secondaire 5, la pelle ne suffit plus tellement son entreprise a grandi. Mais avant même de prendre une décision quant à son équipement, il avait une seule marque en tête. Aiden a pu acquérir une solide connaissance des machines Kubota grâce aux années d’expérience de son père au sein de leur division minière. Ainsi, il était bien au fait de leur durabilité et de l’importance de posséder de l’équipement fiable. Le moment venu d’investir dans son premier tracteur, Kubota s’imposait comme une évidence. La connexion locale avec le concessionnaire, Tracks and Wheels, était tout aussi importante pour Aiden.
« Pourquoi sortir du village quand j’ai ce qu’il me faut juste ici? », s’interroge-t-il. « J’ai toujours voulu encourager les entreprises du coin. »
Lors de cet hiver, il décroche une trentaine de contrats de déneigement, finance l’achat de son premier Kubota L3560 et se met au boulot. À la fin de la saison, son nombre de contrats s’élève désormais à 50. Par la suite, il publie dans un groupe communautaire de Vallée Est sur Facebook qui compte plus de 27 000 résidents de la région comme membres. Les appels se succèdent, même que de nouveaux clients l’interpellent sur le bord de la route. Son portefeuille de clients passe à 300 dès sa deuxième saison. Aiden ne tarde pas pour ajouter deux Kubota L4060 et engager un employé du coin, un ouvrier de pipeline mis à pied pendant l’hiver, afin qu’il effectue des déneigements avec le deuxième tracteur. Et si Aiden ne parvient pas à parcourir tout son itinéraire en raison de l’école ou d’autres obligations, son père vient lui prêter mainforte.
« Les gens veulent que leur allée soit déneigée avant de partir au travail le matin », précise-t-il. « Mon équipement doit me permettre de respecter une telle promesse. »
La flotte d’Aiden inclut désormais trois tracteurs Kubota de la série L et une tondeuse à rayon de braquage zéro pour l’été. Il planifie déjà son prochain achat, un tracteur compact L4470 de la nouvelle série L70. Il est particulièrement emballé par la cabine redessinée et ses commandes repositionnées à l’avant, son siège pivotant et ses rétroviseurs chauffants. Après avoir constaté les tombées de neige les plus abondantes des dernières années à Sudbury, ces détails ne lui échappent pas.
« Ils pensent à tout, et ça me facilite la tâche », ajoute-t-il.

La collectivité desservie par Aiden est composée à environ 70 % de personnes âgées, des résidents de longue date qui comptent sur un service fiable pendant les hivers de Sudbury. Lorsqu’il reçoit un appel, Aiden se présente en personne pour préparer le devis. Il n’a aucun désir d’entreprendre une expansion qui rendrait cette connexion impossible.
« Mes premiers clients m’ont vraiment aidé à me lancer », souligne-t-il. « Je vais toujours être là pour eux. »
De l’autre côté de la rue de chez Aiden se trouve une érablière. Chaque Noël, il fait du porte-à-porte pour remettre une bouteille de sirop d’érable à chacun de ses clients, en guise de remerciement pour la confiance qu’ils lui accordent.
Ce même engagement se traduit dans tout ce qu’il entreprend. L’an dernier, la commission scolaire l’a nommé entrepreneur de l’année, une distinction qui s’accompagnait d’un prix de 5 000 $. Mais ce montant n’est pas resté dans son compte bancaire bien longtemps. Son père et lui se sont rendus à Toronto pour réinvestir chaque dollar dans l’entreprise en achetant de l’équipement commercial.
Lors de son secondaire 5, Aiden a fondé une bourse annuelle destinée aux finissants et finissantes de son école. Il l’a financé une fois de plus cette année et compte poursuivre l’initiative. Il est également président de son école secondaire francophone. Ses professeurs se sont habitués à son entrepreneuriat et l’accommodent les semaines de bordée de neige.
Sur le point de recevoir son diplôme, Aiden se dédiera bientôt à Picture Perfect à temps plein. La collectivité, elle, a déjà pris une décision. Il ne lui reste qu’à attendre qu’Aiden termine ses études.
Picture Perfect est une entreprise de déneigement et d’entretien de la pelouse bien implantée à Vallée Est, en Ontario, desservant la région du Grand Sudbury.